Samedi 06 Janvier 2007

gazette n°40

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LA QUÊTE DE LA VÉRITÉ - THE QUEST FOR TRUTH
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Il nous a appris, dans les moments de la vie où il s'agissait de faire des choix compliqués "qu'il faut toujours choisir le chemin le plus difficile".

Il ajoutait qu'ainsi, même si l'on arrivait pas au bout, c'est l'expérience qui faisait grandir: elle permettait "d'APPRENDRE".

Son exigence autour de ce mot était aiguë.
La dernière fois que nous nous sommes parlés, dans le supplice de son chemin, a été une première fois...

Ceux qui le côtoyaient, savaient combien quelquefois il pouvait être féroce dans ses formulations.

Notre chemin constitue pas mal d'années.
Et je n'avais jamais subi cette brutale férocité dans notre rapport.

Cette dernière fois de la relation téléphonique qui n'avait pu se matérialiser que par de savantes complicités pour traverser l'enfermement dans lequel il était tenu, a connu la première fois d'une dure interpellation...

Il était très mal de ce que l'on peut imaginer de la terrible douleur de sa pathologie et des médications.

Et je lui disais des messages d'espoir...
Comme quand, face à l'adversité, on n'a plus les mots pour dire.

Il m'a foudroyé d'un "quand on a rien à dire, il vaut mieux se taire"...

Ce qui est vrai...

Cela reste ma dernière leçon reçue de lui.
Et je n'oublierai pas.
Et je me tairai s'il n'y a plus rien à dire.
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He taught us, in these moments of life when complicated choices were to be made that “one must always chose the most difficult path”.

He was adding that, like this, even if you did not make it to the end, the experience was bound to be enriching: an opportunity “TO LEARN”.

His expectation with respect to these words was acute.

The last time we spoke to each other, in the torture of his path, was a first time…

Those close to him knew that he could sometimes be very harsh in his words.


Our path together was for quite few years.

But I never had to suffer this brutal fierceness before.

This last time in a telephone conversation which had come through thanks to complicated complicity, to overcome the isolation in which he was held, found for the first time a harsh heckling …


He was suffering a lot from what one can imagine was the terrible pain from his pathology and medications.

And I tried to give him messages of hope…

As when, facing adversity, one no longer has the right words to say.

He stroke me down in return with a “when one has nothing to say, better be silent”…


Which is true…

It remains the last lesson I received from him.
And I will not forget.
And I would keep silent myself if there was nothing more to say.

Mais ce n'est pas le cas.
Il faudra continuer de nourrir le feu pour que les cendres ne fassent pas lettre morte.
Les siennes restent braises de volontés réitérées jusqu'à ce qu'il n'ait plus la force...

Déjà en 1996, questionné dans un interview, il répondait aux questions concernant l'organisation de la pérennité de son oeuvre pour dire:
"... Il est évident que je vais donner à ma collection une forme juridique, avec un futur.
Parce que la meilleure manière de posséder quelque chose, c'est de le donner. Ainsi, on l'a pour toujours*."

"... J'ai beaucoup d'enfants, une famille et je dois en tenir compte.
En France, dans l'éventualité où, à  mon décès, je serais célèbre, il y aura peut-être une négociation pour faire une dation*."

Les années suivantes, il a continué de penser et construire sa suite dans cette perspective.
C'est traçable, entièrement.

OUI, nous voulons savoir la vérité sur l'aridité de la fin du chemin de vie et la mort de notre père.
OUI, nous voulons savoir comment il a été conduit vers des choix inverses à tout ce que l'on sait.
NON, nous ne pouvons croire qu'il ait opté pour un apartheid d'exclusion à notre endroit.
NON, nous ne pouvons croire que LUI ait voulu holocauster NOTRE IDENTITÉ.

Mais nous sommes prêts à accepter, si ce devait être le cas, que la justice au final sur notre "crâne incliné plante son drapeau noir**".

Ce que je ne DOIS PAS TAIRE, c'est le message  dont il m'a laissé en charge et qui nous concerne, nous ses enfants.
Évidement, ce sujet était sensible et le préoccupait quant à l'avenir lorsqu'il ne serait plus là pour nous dire par force de se taire...

Je profite de ce lien avec vous pour vous en faire dépositaire.
Au cas où il faille plus de bras pour protéger cette mémoire et transmettre quelque jour au loin le message que je n'aurais pas réussi à faire passer.
Conscient de la grande difficulté du chemin qui concerne sa filiation, soulignant néanmoins que ce serait celui qu'il faudrait choisir, voici ce qu'il a demandé de ne pas oublier.

"Vous, mes six enfants, vous êtes seuls originaux de ma série limité.
Pour partager à vous seuls le secret d'une construction qui vous verra uniques dépositaires.
Puisque vous êtes ceux complices unis d'une même parole pour vous authentifier.
... PAPA..."

A samedi prochain.


*Interview d'Arman par Alain Nicolas
**Spleen, Charles Baudelaire
  But this is not the case.
The fire needs to be kept nourished so that the ashes do not become dead letters.
His have remained embers from reiterated wills until he did not have enough strength…

Already in 1996, when questioned in an interview concerning how he would foresee the perpetuity of his work, he answered:
“… It is obvious that I will provide for my collection a legal form, with a future. Because the best manner of having something, it is to give it. This way, one has it for ever. “

“… I have many children, a family and I have to take this into account. In France, in the possibility that, at my death, I may be famous, there will be perhaps a negotiation to make a "dation". “

In the following years, he continued to think ahead and build his continuation from this point of view.
This can be traced, completely.

YES, we want to know the truth about the aridity of end of the life course and the death of our father.
YES, we want to know how he has been led to choices completely opposite to all that were known previously
NO, we cannot believe that he chose exclusion and "apartheid" towards us.
NO, we cannot believe that HE himself wanted an holocaust of OUR IDENTITY.

But we are ready to accept, if it was to be the case, that justice may eventually  "plant its black flag on our bent head**".

What I SHALL NOT CONCEAL, is the message he left me in charge of concerning us, his children.
Obviously this subject was a sensitive point and worried him for the future when he would no longer be there to tell us, forced to keep silent…

I take the opportunity of this bond with you to make you too guardian of this message.
In case we need to be more of us to protect this memory and one day transmit the message if I have not succeeded in passing it over.
Realizing the great difficulty of the path related to his filiation, but insisting that it would always be the one to choose, here is what he asked me never to forget.

"You, my six children, you are the only originals in my limited series.
Only you will share the basis of a construction for which you'll be the unique guarantor.
Because you are those accomplices united with same word to authenticate you:
 … PAPA…"

To next Saturday


*Arman interviewed by Alain Nicolas
**Spleen, Charles Baudelaire
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